RESTAURATION DE PEINTURES



Je ne dirais pas que la restauration soit devenue une passion pour moi, qui n'ai jamais assez de temps pour faire mon travail de peintre, mais je constate que dans mon atelier, à côté de mes toiles, traînent toujours quelques petites œuvres anciennes attendant leur tour pour être réparées. Les voyant je ne me sens pas seule, un subtil lien s’établit avec ces « collègues » d’un autre temps, qu’ils soient assez ou peu connus, voire même anonymes. En sauvant de la dégradation leurs oeuvres, je leur rends, à ma manière, hommage (fig.1).



 
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Il est difficile pour un peintre qui connait son métier et les techniques de la peinture de se soustraire à la restauration. Même s’il évite soigneusement de parler de restauration parmi ses amis et connaissances, il se trouvera toujours quelqu’un qui lui demandera de le faire. C’est de cette manière que j’étais confronté à la restauration et obligée d’approfondir ses techniques particulières. Il m’est arrivé d’avoir à faire une vaste gamme de techniques picturales, allant de la classique peinture sur toile, passant par celles sur plaques de cuivre et sur bois, jusqu’à la détrempe à l’œuf sur tissu non tendu sur châssis, comme ce fut le cas pour un très ancien voile grec couvert de beaucoup de scènes de l’Ancien et du Nouveau Testaments, dominées par deux grandes icônes de la Vierge et de Jésus Christ. Les deux premières images montrent le voile avant la restauration, avec, cependant, les visages de la Vierge et du Christ nettoyés. On voit ensuite son aspect final (fig.2 et 3)


  

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Restaurer est une opération qui a pour but de prolonger la vie d’une œuvre en ralentissant le processus de dégradation. Elle évolue entre deux critères absolus, l’honnêteté historique et l'exigence esthétique. J’explique ces deux termes : d’abord, l’œuvre doit demeurer parfaitement fidèle à ce qu’elle était à l’origine ; ensuite elle doit retrouver sa beauté initiale sans aucune adjonction étrangère à sa forme de départ. Puisque j’ai déjà pris comme exemple une « icône », restons un peu dans ce domaine. Dans les figures suivantes, on peut voir une très ancienne icône sur bois dans la phase où les fentes et les zones écaillées sont comblées avant d’être poncées et repeintes dans la même technique que celle d’origine (fig. 4). Puis, il y a son aspect final une fois restaurée (fig.5)


 

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Pour les peintures sur toile, les choses à traiter sont les mêmes : saleté déposée avec le temps, vernis noirci et craquelé, fissures, déchirures de la toile, peinture écaillée, renflements, etc. J’allais oublier les restaurations grossières qui constituent peut-être le plus grand problème, lorsqu’il faut absolument les enlever. Je prends ici comme exemple une grande toile du XVIIIe siècle que j'avais commencée par un soigneux nettoyage pour mieux voir les dégradations, puis j’avais enlève le vernis d’origine qui était noirci et taché, prenant soin de ne pas enlever avec lui aussi des parties peintes... (fig. 6). Après l’injection de colle sous les écailles, le masticage des fentes et le ponçage de ce mastic, j'avais repeint toutes les parties manquantes, faisant des raccords parfaits avec la peinture d’origine (fig. 7). La figure 8 représente l'oeuvre finie, ayant retrouvé son éclat de jadis.

 

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Une oeuvre ancienne peinte sur une grande plaque de cuivre m'avait posé presque les mêmes problèmes, avec la particularité que dans les parties où la peinture était écaillée, le cuivre avait subi une oxydation très gênante. Sur la figure 9 on peut voir l’œuvre restaurée, tandis que sur la dernière image un détail de la même peinture. Peint avec une grande maitrise, un petit chien suit avec ses yeux vifs le spectateur, et son regard pénétrant défie la fuite du temps, ignore les siècles. C'est en grande partie à lui que je dois le plaisir ressenti en restaurant cette oeuvre...

 
 

 

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