L'UNIVERS DE MARIA MESTEROU



 
L'UNIVERS DE MARIA MESTEROU

Pour exprimer l’essentiel en quelques mots, je peux dire que les peintures de cette artiste montrent la manière dont elle explore le monde. Un monde fait de mystérieux objets contenus dans un espace. Cet espace communique souvent avec l’extérieur, avec l’étendue d’un paysage, des horizons éloignés, l’étendue de la mer. Les objets font parfois la place à un personnage non moins mystérieux, sachant partager leur silence et entretenir le dialogue avec celui qui regarde. Les objets sont transfigurés, car ce qui compte n’est pas leur définition, ce qu’ils représentent mais la « vérité picturale » qu’ils accomplissent. C’est cette vérité que l’artiste leur projette. L’étrange charge que portent ces objets transfigure aussi le paysage, le plein air dans lequel ils sont placés. Ce transfert paraît merveilleusement réussi, car l’on n’est jamais tenté d’identifier les objets ni de vouloir les remplacer par d’autres. Certains d’entre eux apparaissent souvent, comme des objets-fétiches. Ils sont là et uniquement là, depuis longtemps, et pourquoi pas de toute éternité…

En suivant l’évolution de l’artiste, nous savions depuis le début que ce n’étaient pas de natures mortes dans le sens usuel du terme et qu’il serait difficile de les attacher à un genre pictural bien défini. Mis à part le pur plaisir esthétique qui ne nécessite aucune explication, il était cependant légitime de me demander ce que l’artiste cherchait derrière l’intimité immobile de ses objets, derrière l’insolite figuration. Questionner les objets n’aurait servi à rien, car la plupart n’avaient jamais existé ailleurs que dans ses toiles. Questionner l’artiste paraissait aussi simple que délicat, car dans le « royaume » de la peinture tout n’est pas déterminable. Par des voies détournées, j’avais pourtant réussi à comprendre qu’il était d’abord question d’une vision, et cela ne s’explique pas, l’artiste sent et aime les choses telles qu’elles apparaissent dans ses toiles sans se poser trop de questions. Mais il y avait aussi la recherche d’un genre de dimension perdue ou le surnaturel trouverait forme dans le naturel lui transférant une lumière d’attente. « Quelle attente ? » lui demandais-je. « L’attente de la métamorphose finale » était sa réponse.
En effet, les objets ont l’air d’attendre un changement tout y étant déjà engagés. L’opacité rend la matière certes perceptible, mais la prive de la transparence spirituelle. Il est du devoir de l’artiste de la découvrir. Si tout ne peut pas être considéré « sacré », tout n’est pas non plus « profane » car l’énergie créationnelle doit ressortir un jour en toutes choses.

Certaines œuvres de Mestérou pourraient faire penser à des « vanités » modernes. Serait-ce de l’ordre des vanités, même en tant qu’allégories, que de choisir et inventer ses objets pour leur faire dire la plus belle idée, la plus belle phrase picturale ? Les objets sont réunis pour un moment précis d’où jaillit une beauté sereine, grâce aux fragments de splendeur accrochés à chacun des membres de l’assemblée. Leur rayonnement indéfinissable transcende leur apparence et prend des lueurs cosmiques. Autant d’images, de tableaux, que d’actes du dialogue avec un subtil visible, joués par des acteurs immobiles et silencieux. Le sensible sert le transcendantal dans un échange avec le spectateur, et cet échange est déjà de l’ordre de l’affectif.

Pour goûter au « beau », nul besoin de trop expliquer, de chercher des significations à tout prix. Ayant fini ma visite et compris cela, je me suis senti « libéré » d’une charge que je n’arrivais pas bien à décrire lorsque je faisais part à l’artiste de ma sensation. « Cela me suffit, il n’y a rien à décrire puisque je fais un art visuel. Ce que vous sentez prouve que mon but est atteint », me disait-elle, illuminée à son tour. 
 
Valerian Brin


VOS IMPRESSIONS ? N’OUBLIEZ PAS LE « LIVRE D’OR »…



 
.